Jean François Kouassi, le plus jeune candidat à l’élection présidentielle de Côte d’Ivoire : « je serai élu cette année, tous les indicateurs le démontrent »
AfriquinfosAoût 12, 2025Lire l'original
À trois mois de l’élection présidentielle d’octobre 2025, un visage nouveau fait parler de lui dans les rues, sur les réseaux sociaux : Jean François Kouassi, surnommé « le candidat des jeunes », est le plus jeune aspirant à la magistrature suprême. Porté par une dynamique populaire, l’homme se présente comme le symbole du renouveau politique et générationnel en Côte d’Ivoire. Dans cette 聽interview exclusive accordée à Afriquinfos.com聽 , il revient sur ses motivations, son programme, sa vision de la réconciliation, et surtout, le rôle central que doit jouer la jeunesse ivoirienne dans la construction d’un avenir plus juste. À votre si jeune âge, qu’est-ce qui vous a poussé à briguer la magistrature suprême d’un pays aussi complexe que la Côte d’Ivoire ?Ce qui m’a poussé à briguer la magistrature suprême de notre pays, c’est d’abord un constat. Depuis plusieurs décennies, la scène politique ivoirienne est dominée par une gérontocratie qui semble s’éterniser.
聽Ce sont les mêmes visages, les mêmes figures historiques qui occupent l’espace politique, souvent sans réel renouvellement, ni véritable prise en compte des aspirations de la jeunesse et des besoins du peuple.聽En tant que jeune, je ressens une profonde frustration face à ce manque d’écoute et de considération pour les nouvelles générations. La Côte d’Ivoire est un pays jeune. Plus de 77 % de la population a moins de 35 ans. Pourtant, cette majorité démographique n’a que très peu de représentativité politique.
Je suis donc animé par la volonté de faire émerger une nouvelle génération de leaders, de porter une voix différente, celle de la jeunesse ivoirienne pleinement consciente des enjeux actuels. À travers ma candidature, je souhaite initier un véritable renouvellement de la classe politique et ouvrir un nouveau cycle.
Comment comptez-vous convaincre une population souvent méfiante vis-à-vis des jeunes en politique?Convaincre une population souvent méfiante vis-à-vis des jeunes en politique passe d’abord par l’exemplarité, la responsabilité. Il ne suffit pas de dire que la jeunesse peut gouverner, il faut le démontrer par une posture responsable et des actions crédibles.
Ma première mission sera donc de faire prendre conscience à cette jeunesse de son immense potentiel et de sa capacité à participer activement à la gouvernance du pays. Trop souvent, les jeunes se sentent exclus du système, cantonnés à un rôle passif. Je veux leur dire qu’ils ne seront plus de simples spectateurs, mais des acteurs majeurs de leur propre avenir.
Nous voulons une gouvernance inclusive, dans laquelle les jeunes seront associés à toutes les étapes du processus décisionnel. Cela signifie leur donner des responsabilités, les impliquer dans l’élaboration des politiques publiques, et surtout leur faire confiance.
Je suis conscient que la méfiance actuelle vient d’un contexte politique où les jeunes ont été trop souvent déçus. Mais je suis aussi convaincu que cette désillusion peut être surmontée si l’on change les méthodes. Nous allons rassurer, expliquer, dialoguer, et surtout agir avec cohérence. En redonnant confiance, en ouvrant les portes, en respectant nos engagements, nous prouverons que la jeunesse n’est pas un handicap, mais une chance pour la Côte d’Ivoire.
Quel est selon vous le principal problème que traverse la jeunesse ivoirienne aujourd’hui, et quelle est votre solution pour y remédier ?La jeunesse ivoirienne fait face à plusieurs défis majeurs, mais s’il faut en identifier un comme principal, je dirais que c’est le chômage, ou plus largement, le manque d’opportunités professionnelles durables. Ce problème est directement lié à d’autres facteurs tels que le déficit de formation de qualité, l’inadéquation entre l’éducation et les besoins du marché de l’emploi, et les difficultés d’accès au financement pour les jeunes porteurs de projets.
Pour y remédier, nous proposons une approche pragmatique. Cela passe d’abord par une réforme en profondeur du système éducatif, avec un accent particulier sur la formation technique, professionnelle et entrepreneuriale. Il est impératif d’aligner les filières de formation avec les réalités économiques du pays, en partenariat avec les secteurs porteurs comme l’agriculture moderne, le numérique, les énergies renouvelables ou encore les métiers de service.
Ensuite, nous voulons stimuler massivement l’entrepreneuriat des jeunes. Cela signifie créer un fonds spécial d’investissement pour la jeunesse, qui sera accessible avec des procédures simplifiées. Aujourd’hui, trop de jeunes sont découragés par la lourdeur administrative, les garanties excessives exigées, ou encore l’opacité des mécanismes de financement. Nous allons lever ces barrières, en mettant en place une véritable banque de la jeunesse, dotée d’outils de financement souples et transparents.
Enfin, nous travaillerons à créer un environnement sécurisant et propice à l’initiative, avec un accompagnement technique, juridique et administratif pour chaque jeune qui veut se lancer.
Le faisant, notre objectif est de faire de la jeunesse le moteur du développement économique de la Côte d’Ivoire. Elle a le talent, elle a l’énergie. Il ne lui manque que les moyens. Et c’est ce que nous allons lui donner.
La Côte d’Ivoire est une nation marquée par son histoire politique mouvementée. Comment comptez-vous rassembler toutes les sensibilités politiques autour d’un projet commun ?La Côte d’Ivoire a traversé de nombreuses crises politiques et sociales qui ont profondément fragilisé la cohésion nationale. Si nous voulons construire un avenir stable, il est impératif de rassembler toutes les sensibilités politiques autour d’un projet commun, fondé sur la vérité, la justice. C’est pourquoi je m’engage à initier un véritable processus de réconciliation nationale, franc, sincère et sans tabous. Ce processus ne sera ni sélectif, ni partisan. Il donnera la parole à toutes les victimes, à toutes les parties, dans un esprit de vérité.
Nous lancerons une grande campagne d’apaisement, basée sur la concertation, la sensibilisation, et surtout sur l’écoute active des différents acteurs politiques, sociaux et communautaires. Il ne s’agira pas seulement de réconcilier les élites, mais de retisser le lien entre les citoyens, de restaurer la confiance entre l’État et le peuple.
Ensuite, viendra le temps de la justice, de manière équitable. Une amnistie ciblée pourra être envisagée pour les acteurs politiques, dans un esprit de dépassement et de pardon, tout en veillant à ce que les droits des victimes soient pleinement reconnus.
Quel est votre plan pour relancer l’économie nationale tout en la rendant plus inclusive et favorable aux jeunes entrepreneurs et agriculteurs ?Notre vision économique repose sur la jeunesse comme moteur du développement, avec un État facilitateur et protecteur. Une économie forte ne peut être durable que si elle est inclusive, équitable. Relancer l’économie ivoirienne tout en la rendant plus inclusive, particulièrement pour les jeunes entrepreneurs et les agriculteurs, est au cœur de mon projet politique. Pour cela, nous proposons un plan autour de six grands axes :
Formation et accompagnement technique : Il est essentiel d’outiller les jeunes, aussi bien en compétences techniques qu’en gestion d’entreprise. Nous mettrons en place des programmes de formation professionnelle adaptés aux réalités du terrain, en partenariat avec les secteurs clés de notre économie.
Accès simplifié au financement : Nous créerons un fonds spécial public-privé destiné à financer les projets des jeunes entrepreneurs et agriculteurs. L’État jouera un rôle de garant auprès des institutions bancaires pour sécuriser les prêts et réduire les risques, afin de briser le cercle de la méfiance envers les jeunes porteurs de projets.
Facilitation de la création d’entreprises : Aujourd’hui, les procédures administratives sont souvent un frein. Nous mettrons en place des guichets uniques numériques et physiques pour accélérer les démarches et permettre à tout jeune de créer son entreprise en quelques jours.
Accès au foncier rural : Pour les jeunes agriculteurs, l’accès à la terre est une priorité. C’est pour ça que nous allons faciliter l’accès sécurisé au foncier rural, en simplifiant les procédures de délivrance de titres.
Intégration de l’entrepreneuriat dans l’éducation : Nous introduirons l’éducation à l’entrepreneuriat dès le secondaire, afin d’encourager l’esprit d’initiative chez les jeunes dès le plus jeune âge, et de leur donner les clés pour transformer leurs idées en projets viables.
聽Promotion de la production et de la consommation made in Côte d’Ivoire 聽: Pour stimuler la croissance, nous devons valoriser nos produits « maison », soutenir leur transformation sur place et encourager leur consommation. Cela créera de la valeur ajoutée, des emplois durables et réduira par conséquent notre dépendance aux importations.
Vous vous positionnez comme le visage du renouveau. En quoi votre programme est-il différent de celui des candidats plus expérimentés que vous ?Ce qui rend mon programme fondamentalement différent de celui des autres candidats ? Mon programme émane directement de la jeunesse ivoirienne. Ce n’est pas un programme conçu dans des bureaux fermés, déconnecté des réalités du terrain. Il a été construit avec et pour les jeunes, à partir de leurs préoccupations, de leurs idées, de leurs ambitions.
Pendant plusieurs mois, j’ai sillonné le pays, échangé avec des jeunes de tous horizons — étudiants, entrepreneurs, agriculteurs, travailleurs informels, chômeurs, artistes — pour écouter ce qu’ils vivent et ce qu’ils veulent vraiment. Avec eux, et en collaboration avec des experts, nous avons bâti un programme réaliste, pragmatique et profondément enraciné dans les attentes de notre génération.
Contrairement à d’autres programmes souvent théoriques ou politiciens, le nôtre est humain, participatif. Il parle un langage que les jeunes comprennent, parce qu’il est né de leurs voix.
Et puis, il y a une vérité simple : qui mieux que les jeunes pour connaître les problèmes des jeunes ? En tant que jeune moi-même, je comprends intuitivement leurs frustrations, leurs espoirs, leurs blocages. Je ne me contente pas de promettre — je vis cette réalité au quotidien, et c’est ce qui me rend plus légitime pour y apporter des solutions pertinentes.
Je voudrais qu’on note que mon programme n’est pas seulement différent, il est nécessaire, car il incarne une rupture avec les logiques anciennes. Il ouvre la voie à un avenir nouveau, où la jeunesse cesse d’être utilisée comme un slogan.
Le système éducatif ivoirien est souvent critiqué pour son inadéquation avec le marché de l’emploi. Quelle réforme prioritaire envisagez-vous ?Effectivement, l’un des grands défis de notre pays, c’est un système éducatif qui ne forme pas toujours pour l’emploi. Il crée trop souvent des diplômés qui se retrouvent sans perspectives concrètes, car les filières qu’ils ont suivies ne correspondent pas aux besoins réels de notre économie. Il ne faut plus former pour former, mais former pour insérer, pour entreprendre, pour transformer le pays. Une jeunesse bien formée, c’est une économie plus forte.
Ma réforme prioritaire portera donc sur la refonte et l’adaptation des filières de formation, afin de mieux répondre aux exigences du marché du travail, tant au niveau national qu’international. Pour ce faire, nous allons :
Réviser les programmes scolaires et universitaires, pour intégrer des compétences pratiques, numériques, entrepreneuriales et techniques.
Identifier et réformer en profondeur les filières faiblement insérantes, afin de ne plus former massivement dans des secteurs sans débouchés.
Renforcer l’enseignement technique et professionnel, qui reste encore trop marginalisé, alors qu’il est une véritable voie vers l’emploi et l’auto-emploi. Cela inclura la modernisation des infrastructures, la formation des formateurs, et des partenariats avec les entreprises.
Créer des passerelles entre l’école et le monde du travail, en promouvant l’alternance, les stages obligatoires, et les formations en lien direct avec les entreprises sur place.
Impliquer le secteur privé dans la gouvernance de l’éducation, pour qu’il participe à la définition des compétences nécessaires, à l’évaluation des programmes, et à l’accueil des jeunes en entreprise.
Quelle est votre position sur la réconciliation nationale, notamment face aux blessures encore ouvertes des crises passées ?La réconciliation nationale ne peut réussir que si elle est portée par une figure neutre, crédible et non impliquée dans les crises passées. La Côte d’Ivoire a été profondément meurtrie par des années de divisions, de violences politiques. Pour tourner cette page douloureuse, il faut un président qui incarne l’apaisement.
Je crois sincèrement être ce leader-là. Je n’ai été mêlé à aucun épisode sombre de notre histoire politique. Je n’ai pas de contentieux, ni de passif avec quelque camp que ce soit. Cela me permet de parler à tous, sans soupçon ni ressentiment. Je suis libre des alliances du passé, et c’est cette liberté qui me permet de prôner une réconciliation sans calcul politique.
Je me positionne avant tout du côté de la jeunesse, de cette majorité silencieuse qui aspire à vivre dans un pays en paix, où chacun peut croire en l’avenir, quelles que soient ses origines ou ses opinions.
La réconciliation ne doit pas être un simple slogan, mais un véritable projet de société, basé sur la volonté de tous de reconstruire ensemble. Mon rôle en tant que futur président sera de garantir l’impartialité, de créer des espaces de dialogue, de rendre justice là où c’est nécessaire, et de bâtir la confiance là où elle a été brisée. C’est par ce chemin que nous pourrons, enfin, refermer les blessures ouvertes de notre histoire et construire une Côte d’Ivoire réellement solidaire.
Les jeunes utilisent massivement les réseaux sociaux. Comment pensez-vous intégrer le numérique dans votre gouvernance pour plus de transparence et de participation citoyenne ?Le numérique est aujourd’hui un levier incontournable pour transformer notre gouvernance. Les jeunes, qui constituent la majorité de la population ivoirienne, utilisent massivement les réseaux sociaux et les outils digitaux. En intégrant le numérique à tous les niveaux de l’administration, nous ferons de l’État un outil au service du peuple, transparent, efficace. Ce sera la première fois en Côte d’Ivoire qu’un président gouvernera aussi avec le peuple connecté. Il est donc impératif de mettre le numérique au cœur de l’action publique, pour garantir plus de transparence, de redevabilité et de participation citoyenne.
Concrètement, nous allons :
Publier en ligne les comptes publics et les budgets : Chaque citoyen devra pouvoir consulter, en temps réel, l’utilisation des fonds publics, les projets en cours, les budgets alloués à chaque ministère, collectivité, ou projet de développement. Cela permettra à tous d’exercer un contrôle citoyen, et de lutter efficacement contre la corruption.
Rendre les dépenses de la présidence accessibles : Nous publierons régulièrement les dépenses officielles de la présidence, y compris celles du chef de l’État, afin de montrer l’exemple d’une gouvernance responsable. Ce sera un signal fort de rupture avec les pratiques opaques du passé.
Créer des plateformes numériques de participation citoyenne : Nous mettrons en place des applications et portails où les citoyens pourront proposer des idées, signaler des problèmes, suivre les projets en cours, et donner leur avis sur les politiques publiques. Ce sera une démocratie participative, en ligne et surtout en temps réel.
Développer l’éducation numérique dès l’école : Pour que tous puissent participer, nous investirons massivement dans l’éducation au numérique, dès le secondaire, et dans l’accès à internet à moindre coût sur l’ensemble du territoire.
Utiliser les réseaux sociaux comme outils de gouvernance : La communication du gouvernement se fera aussi via les réseaux sociaux, dans un langage accessible, interactif, et en temps réel, pour renforcer la proximité entre l’État et le peuple.
Si vous n’êtes pas élu, quelle suite donnerez-vous à votre engagement politique ? Est-ce un combat de long terme ou une candidature de témoignage ?Je suis pleinement convaincu que nous allons gagner cette élection. La jeunesse est mobilisée, optimiste, et déterminée à écrire une nouvelle page de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Tous les signaux sont encourageants, et je me prépare à assumer pleinement les responsabilités de la magistrature suprême.
Mais au-delà de cette échéance électorale, mon engagement ne se limite pas à une candidature. Ce n’est pas une démarche de témoignage, c’est un combat de long terme pour le renouveau politique, pour la participation des jeunes, pour une gouvernance plus juste, plus proche du peuple.
Si, par hypothèse, je ne suis pas élu cette fois-ci, je resterai engagé aux côtés des jeunes et de tous les Ivoiriens, pour continuer à porter nos idées, à bâtir notre mouvement, à participer activement à la transformation du pays. Je continuerai à former, à sensibiliser, à créer des espaces de participation citoyenne.
Ce que nous avons lancé est beaucoup plus grand qu’une candidature. C’est une dynamique nationale, un élan historique. Et je serai là, à chaque étape, pour porter cette flamme — que ce soit comme président, ou comme militant du changement.
Où en êtes-vous avec les parrainages ?Nous avançons très bien dans le processus de collecte des parrainages. Les résultats actuels sont plus que satisfaisants, et nous sommes en passe d’atteindre notre objectif dans les tout prochains jours.
Cette étape, souvent considérée comme un filtre difficile pour les candidats indépendants ou issus de la jeunesse, nous l’abordons avec détermination. Cela montre aussi que notre message trouve un écho réel dans la population, et que notre jeune candidature est prise au sérieux sur le terrain.
Nous avons mobilisé une équipe dynamique dans toutes les régions du pays, et la mobilisation des jeunes, en particulier, a été exceptionnelle. Leur implication dans ce processus de parrainage témoigne de leur volonté de changement, et de leur confiance dans ce que nous représentons.
Dans quelques jours, nous aurons officiellement bouclé cette étape.
Interview réalisée par DOH Bi Tah Augustin Afriquinfos.com